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[CRITIQUE] : « La Belle et la Bête » de Christophe Gans

Conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve paru en 1740, La Belle et la Bête est certainement l’une des histoires d’amour les plus célèbres au monde. Grâce à ses thèmes universels, cette histoire a su traverser les époques en conservant toute sa puissance évocatrice et sa poésie. C’est désormais au tour de Christophe Gans de proposer une version moderne et luxueuse du célèbre conte après le chef-d’œuvre de Jean Cocteau en 1946 et le film de Disney en 1991. Absent derrière la caméra depuis le foireux Silent Hill en 2006, le réalisateur du culte Crying Freeman et du Pacte des Loups est de retour avec cette relecture aussi généreuse qu’inconsistante. Si l’on peut saluer le courage et l’ambition de Gans de proposer un film aussi excitant en France, cette adaptation est loin de tenir toutes ses promesses.

Par où commencer ? Le film fait preuve d’une générosité évidente, mais ne parvient jamais à susciter un quelconque intérêt. Le principal défaut du film est sans doute le manque de substance apporté à la romance. Là où le fantastique chez un cinéaste comme Guillermo del Toro sert toujours de terreau à de grands thèmes universels, il n’est ici justifié que pour l’histoire d’amour entre la Belle et la Bête. C’est donc là que réside tout l’échec du film, malgré la sincérité qui s’en dégage, le film passe à côté de son histoire d’amour et échoue sur la partie la plus importante du projet : l’émotion. Car en effet, avant d’être un blockbuster, certes esthétiquement irréprochable, La Belle et la Bête est avant tout une grande histoire d’amour à laquelle seulement une partie mineure du film est consacrée. Comme ivre de la beauté visuelle de son film, Gans oublie en route le cœur de son histoire et pèche là où il devrait justement puiser sa force. De plus, Gans rate l’iconisation de sa bête en dévoilant trop rapidement le visage de Vincent Cassel, à coups de flash-back incessants et paresseux qui finissent par miner le rythme.

Scénario bancal, dialogues catastrophiques, seconds rôles cabotins et enjeux minables, le film collectionne les maladresses et autres paresses d’écriture qui nuisent à l’immersion. Si Christophe Gans fait preuve d’une grande virtuosité par instants, son film manque terriblement d’audace et d’incarnation. Malgré la pari visuel bluffant (une très belle utilisation de la performance capture), cette adaptation sans âme ne parvient jamais à transcender un scénario poussif et convenu. Trop ou pas assez ambitieux ? Le problème est là. La promesse d’un grand film fantastique en costumes est excitante, le résultat hélas beaucoup moins. Comme d’habitude chez le metteur en scène, un gouffre sépare le discours de la mise en pratique. Gans a beau être un théoricien exceptionnel, il ne réussit malheureusement jamais à insuffler la moindre émotion à son film. Malgré les meilleures intentions du monde, il ne reste de La Belle et la Bête qu’un objet glacial, qui ne brille que par ses -trop rares- éclats de mise en scène.

Si le fondateur de Starfix nous offre un spectacle formellement éblouissant, il faudra encore patienter pour voir le renouveau du cinéma fantastique français. La Belle est la Bête a le mérite de détonner dans notre paysage cinématographique, mais n’est malheureusement jamais à la hauteur de ce qu’il prétend être.

 

About Vince (33 Articles)
Fondateur de Mauvaise Lune, fan de cinéma fantastique atteint de cinéphagie aiguë depuis le plus jeune âge. Mes héros ? John Carpenter, Tsui Hark, Sam Raimi, Guillermo del Toro, Peter Jackson, Bong Joon-Ho...

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